Vous les empruntez quotidiennement. Vous y passez une partie de la journée, que ce soit à pied ou avec un moyen de transport. Les rues. Les observez-vous ? Les rues parlent beaucoup. Particulièrement à ceux qui écoutent. Elles montrent aussi abondamment. Pour qui sait regarder. Vous ne faites que passer ? Vous n'écoutez jamais la rue ? Vous allez vers..., chez..., au... sans voir où vous passez ? Vous ne regardez jamais la rue ? Vous devriez.
Les rues racontent des histoires. Pour chaque passant heureux, il y a un type malchanceux. Pour chaque conte de super héros, il y a une histoire de super perdant. Vous y croisez des marcheurs de nuit, des suiveurs de lumière et des bourgeois misérables. La rue c'est le cinéma permanent. La rue c'est mieux que le cinéma : c'est la vie.
La vie quotidienne revêt une importance primordiale dans l'oeuvre d'Eric Bossard. Plus particulièrement la rue et ses objets : affiches, bouches d'égout, pochoirs et graffitis, déchets, etc. La rue est une source d'inspiration illimitée bien qu'à première vue d'une trivialité effrayante. La rue, ses grilles de puisards, ses panneaux publicitaires omniprésents, ses déchets et ses poubelles sont les reflets de notre société. Images que souvent nous occultons car elles représentent aussi l'envers de notre société. C'est le rôle de l'artiste de donner un sens nouveau aux objets usuels, de les mettre en scène, de les révéler et d'ainsi sensibiliser le public à tous les aspects du monde qui nous entoure.
Les artistes qui trouvent dans la rue leur source d'inspiration, voire leur support de création, sont nombreux. C'est le mythe des Inventifs. Personne ne sait quant ils sortent. Personne ne sait où ils frappent. Ils ont été vus à Gand et repérés à Valparaiso. Les Inventifs laissent juste une note surprenante, voire joyeuse, dans la cacophonie visuelle des rues. Certains les comparent à des archéologues urbains. D'autres à des ophtalmologues sociaux. D'autres encore les appellent des typologistes de rue, des reconstructivistes de décors urbains. Leur approche est souvent situationniste car leur créativité est festive et elle s'exprime dans notre quotidien. Les Inventifs suivent les situationnistes en ce sens qu'ils bannissent la séparation de l'art du quotidien par une quelconque institution.
Leurs pochoirs, leurs découpages, leurs graffs, leurs affiches déchirées ou leurs graffitis sont des éléments d'histoires. Histoires individuelles qui forment celle, collective, de notre société. Histoire qui évolue en permanence; toujours dans l'air du temps.
La rue est une galerie à ciel ouvert selon le mot de Basquiat. Galerie dont Eric Bossard met en scène, sous forme de séries photographiques, les pochoirs, les caniveaux et les poubelles.
Et si vous regardez à terre, que de reliefs inattendus, que de teintes banales parsemées de taches de couleur vives. Traces colorées de nos déchets amoncelés sur une grille d'égout, reflet de notre société de consommation.
Et si vous regardez sur les côtés, que d'imageries triviales sur ces panneaux d'affichages, sur les publicités murales. Une affiche déchirée ou graffée, un signal routier détourné, un graffiti joyeux, autant d'indices heureux d'une société qui ne se laisse pas abuser.
La rue c'est la vie de notre société, notre reflet. Nous avons la rue que nous méritons. Alors regardons-la et changeons-la si le besoin se fait ressentir.
